capuchat: La Rose des Neiges - Chapitre 8

La Rose des Neiges - Chapitre 8

14 mars 2018 à 10:22pm

Chapitre 8: Larmes de Nuit


 


Une voix rauque s'éleva de l'obscurité:


- Tu ferais mieux de l'écraser petite Rose.


Loup apparût dans un nuage de fumée violacée. Il avait l'air encore plus terrible que lorsqu'elle l'avait vu près du jardin de cristal. Son regard, sa gueule étaient emplies de malignité.


- Agneau !


Mais Agneau s'était endormi par quelque mauvais sort. Il reposait à côté de la fleur, tous deux en train de dépérir. Loup se mit à rire de sa voix grave et rauque.


- Oh qu'as-tu fait Loup...


- Déçue n'est-ce pas ? Vaine tentative. Je vous ai suivi jusqu'ici. Je vais répondre à tes questions. Car aucun ange n'a jamais mis les pieds dans cette forêt. Agneau est rempli de tourments et lui aussi s'accroche à de vieilles histoires pour garder un semblant d'espoir. Le pire, c'est qu'il croit à ses bêtises. Non Rose, le monde n'a pas été façonné par les Anges. C'est moi qui l'ait créé. Et à voir ce qu'il est devenu, crois moi, je le détruirai.


- Je ne te crois pas !


- Et pourtant... Comment pourrais-je alors savoir qu'une colombe a déposé deux pétales de roses sur tes joues à ta naissance ? Je te connais, comme je connais Agneau et Timothée, et aussi Isham et l'histoire du loup et de la grenouille. Tout cela, je le sais, car je suis celui qui donne la vie ; et je suis celui qui la reprend.


Il se mit de nouveau à susurrer ces mots aux oreilles de Rose.


- Maintenant aide moi à détruire la Rose des Neiges, l'agonie du monde n'en sera que plus courte. C'est pour vous, mes enfants, que je fais cela. Je ne supporte pas de voir ma progéniture en proie aux chagrins, la douleur et la tourmente. Quand je vois un mariage se briser, un homme dans la misère sans pouvoir se nourrir, cela brise mon cœur. La joie est un prix bien trop cher à payer pour tristesse des habitants de cette Terre. Car quand l'un de vous se blesse ou se met à pleurer, ce sont les larmes de mon cœur qui se mettent à couler. Et je ne peux supporter tant de misère. Car je vous aime, tous autant que vous êtes, et je veux mettre fin à votre tourment. Je voudrais délivrer les habitants de ton village, je voudrais panser ton petit cœur qui a tant souffert lors de la perte de ton ami. Rien ne pourra les réveiller de leur sommeil éternel. Ils sont condamnés à errer comme des spectres, condamnés au même sort que les petites fées. Et Timothée, lui aussi est perdu, loin d'ici ; jamais il ne retrouvera son chemin. Dans son ingratitude, il t'a délaissé sans dire un mot. L'Arc-en-Ciel a subit le même sort que cette triste fleure. La destruction est le seule remède à vos maux. Mais au fond, tu sais déjà tout cela, Rose.


Pétrifiée, Rose se remémora son village si triste. Était-ce, en effet, le prix à payer pour quelques moments de joie ? Depuis que Timothée était parti, elle n'avait fait que pleurer. Et ce voyage qu'elle avait entamé. Qu'il était difficile... Chapodru l'avait abandonnée et Luciole avait été dévorée par une bande de grenouilles mélomanes. Quel sens y avait-il à tout cela ? C'était trop dur.


- Ne t'évertue pas à aider Agneau dans sa vaine entreprise. Lui même est prisonnier de la traque dans laquelle il s'est lancé. Prisonnier de lui même et des desseins qu'il s'est imposés. Jamais il ne pourra m'attraper. Vois, Rose, ce qu'il reste de cette belle forêt. Les habitants sont les seuls responsables, ils ont oublié ce cadeau que je leurs avais donnés, ils m'ont oublié, moi le Semeur de Vie ; ils ont tout délaissé pour leurs petites vies stériles et le bois est mort de lui même; car plus personne ne venait arroser ni cajoler cette petite fleur, mon présent le plus précieux... Délivre nous, Rose.


Était-ce vrai ? Pensa l'enfant. Non, Agneau n'avait pas pu mentir. Elle avait déjà faillit détruire le Jardin de Cristal, elle ne ferait pas deux fois la même erreur.


Et soudain, venue de nulle part, une flèche de lumière fendit l'obscurité et traversa le corps fantomatique de Loup. Il hurla si fort que son écho s'étendit par delà les bois, si bien que celui qui s'y promène aujourd'hui peut encore entendre son râle agonisant s'il tend l'oreille.


C'était Agneau qui avait décoché une flèche, toujours étendu sur le sol, les yeux à demi-clos. Loup lui jeta toute son amertume et sa disgrâce d'un seul regard. Puis il disparût en un nuage de cendre.


- Oh Rose, pardonne moi...


- Agneau !


- Pardonne moi, je... mon cœur n'a pas supporté la vue de la Rose des Neiges. Nous n'aurions jamais dû venir ici. Je... Rose il faut que tu t'en ailles. Il faut que tu continues ton voyage, promets le moi.


Elle se jeta à ses côtés pour étreindre son corps fin. Il était devenu froid, soudainement. Si froid... Rose senti son coeur se fendre, craquelé à la vue de son ami gisant au sol au milieu de l'obscurité.


- Agneau, laisse moi soigner tes blessures, nous irons tous les deux parcourir le monde. Nous trouverons ensemble l'Arc-en-Ciel et nous ferons du toboggan dessus, avec Timothée. Pleurait-elle, la voix fébrile.


Il avait le souffle court et ses yeux ne brillaient presque plus. Rose le serra de ses petits bras aussi fort qu'elle le put. Son toucher était glacé, mais gardait pourtant toujours cette incroyable douceur...


- Tu devras partir sans moi Rose, trouve l'Arc-en-Ciel et parcours le monde. Tu verras, il n'est pas aussi terrible que Loup a pu te le raconter. Tu y verras la tristesse et la misère, mais aussi la joie et la bonté. Nous n'oublierons jamais ce que tu as apporté à cette forêt.


Son corps prenait une nouvelle teinte grisâtre qui venait remplacer le blanc immaculé de son pelage. Au même moment Rose se sentit tressaillir un peu plus vivement encore. Ne pars pas...


- Agneau reste avec moi !


Les larmes sur ses deux joues effacèrent les dernières maigres éclats de rose sur son visage, dorénavant blanc comme marbre.


- Je t'aime petite Rose...


Puis ses yeux se fermèrent à tout jamais. Elle resserra encore son étreinte et plongea son visage contre sa poitrine, s'accrochant aussi fort qu'elle pouvait à quelques touffes de poils. « Reste avec moi. » Murmura-t-elle. Les larmes coulaient en abondance depuis le creux de ses yeux, mais personne n'entendit sa complainte. « Timothée, Chapodru, Luciole, Agneau... Pourquoi faut-il toujours que vous m'abandonniez ? »


Jamais la forêt n'entendit plus triste chant que celui des pleurs de Rose qui se levèrent ce jour là.


 


 



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