capuchat: La Rose des Neiges - Chapitre 5

La Rose des Neiges - Chapitre 5

9 mars 2018 à 10:09am

Chapitre 5: Le Jardin de Cristal


 


Ayant quitté son nouvel ami, Rose se dirigea hors de la clairière en suivant la petite luciole qui éclairait son chemin telle une lanterne volante. Elle repensait à Chapodru. Étrange comme ce petit bonhomme avait d'abord eu l'air d'un enfant espiègle alors qu'il lui avait eut l'air ensuite plus vieux qu'elle ne pouvait même se l'imaginer. Le monde extérieur était tout de même plein de surprises.


Cet endroit s'appelait donc la Forêt Perdue. « Une petite fille perdue au milieu de la Forêt Perdue », se dit-elle tout bas. Quelle mince affaire !


La solitude redevint bien pesante. La luciole était une lumière réconfortante, mais elle ne faisait pas un brin de conversation. Rose avait pourtant essayé : « Comment t'appelles-tu gentille luciole ? ». La petite bête parût s'être retournée un instant avant de continuer sa route. Elle avait crû discerner dans un attitude une once de dédain. Une luciole dédaigneuse ! Voilà qui était curieux.


Rose marchait d'un pas moyennement assuré. Chaque fois qu'elle regardait à droite où à gauche, elle croyait percevoir de nouveau des yeux briller dans l'obscurité, si bien qu'elle préféra ne regarder plus que sa lanterne volante. Le chemin était long et fatigant. On voyait toujours les mêmes choses défiler : les buissons obscurs, les arbres aux doigts crochus, les...


"Shhhhhhh !"


Un des buissons avait bougé ! Rose fut soudainement paralysée, secouée d'une vague de peur. La luciole en fit de même (elle aussi avait été surprise). Deux énormes yeux bleus l'observaient depuis l'intérieur des buissons. Deux yeux brillants et froids comme la glace qui la fixaient, elle, de façon malveillante. Rose fut envahit d'une sensation terrible. Ce regard déversait tout ce qu'il y avait de plus odieux dans ce monde. Il perçait au travers de la chair pour y geler les cœurs. C'était sans doute le Grand Méchant Loup qui hante les forêts de toutes les histoires.


- Ne me mangez pas Monsieur le Monstre s'il vous plaît ! J'ai du thé à la vanille dans ma sacoche, je vous le donne. Mais je vous en prie, ne me mangez pas.


A cet instant, les yeux clignèrent et s'évanouirent. Puis plus rien. Jamais Rose n'avait ressenti une telle frayeur. Ses yeux appartenait à une créature mauvaise, c'était certain. La petite luciole raccourcit la distance qui la séparait de Rose, peu rassurée elle aussi de la présence de la bête. Rose essaya de ne pas trop penser à ce qui venait de lui arriver, elle avait eu très peur... Elle se réfugia dans des souvenirs plus heureux de son village pour continuer sa route, et chantait la chanson de Chapodru dans sa tête. Cela lui donnait du courage, et elle finit même par vraiment oublier le monstre qu'elle avait vu dans les buissons.


Elle suivait donc la petite luciole, perdue dans ses pensées. Jusqu'à ce qu'un son étrange se fit entendre à sa droite :


CROAAA ! CROAAA ! Croooooâ ! Crôa-crooä ! CRÔAAAA !


« Quelle musique amusante ! » dit-elle, « attends un peu petite luciole, je veux voir d'où elle provient, suis-moi ! »


Rose s'écarta légèrement du chemin et traversa quelques buissons touffus avant de se retrouver nez à nez face à une bande de grenouilles musiciennes en train de répéter leur chorale. Surprises par cette invitée inattendue, elles s'arrêtèrent aussi net.


- Oh, continuez petites grenouilles, je ne voulais pas vous déranger !


L'une d'elles, celle qui visiblement s'occupait des percussions, répondit d'un « Croâ ! » sonore. Les autres fixaient la luciole luisante de leurs grands yeux globuleux.


- J'ai beaucoup aimé votre chanson. Continua Rose. Comment s'appelle-t-elle ? Vous faîtes un sacré orchestre ! Je ne m'attendais pas à voir cela au fond de ces bois...


- Croâ.


Et aussitôt, une des grenouilles attrapa la luciole de son énorme langue avant de la gober tout rond. Puis les musiciennes s'en allèrent en bondissant fougueusement vers les fourrées, laissant Rose dans la plus totale obscurité.


- Luciole ! Oh vous avez mangé ma petite luciole !


Rose se mit à pleurer à chaudes larmes, ne sachant ni où elle était, ni où elle pourrait bien se diriger. Pauvre Luciole ! C'était sa faute si elle s'était faite dévorée, alors qu'elle voulait seulement l'aider. « Quelle bêtise j'ai faite ! Je regrette d'avoir agit si bêtement... « Ne t'écartes jamais des sentiers » me disait toujours maman. Je n'ai pas suivi ses conseils et voilà où j'en suis ! ».


Ainsi Rose passa de longues heures à s'adresser des remords dans la plus noire obscurité. Sans la luciole, elle n'avait plus aucun espoir. Elle se noyait dans un océan d'encre noire dans lequel elle déversaient ses propres larmes.


La fatigue prenant le pas sur la douleur et les pleurs, Rose s'endormit, sans même s'en rendre compte, sur un amas de mousse fraîche recouvert de neige.


C'est alors qu'elle fut réveillée par une étrange lumière. Un rayon d'un blanc spectral s'était faufilé entre les feuilles des pins qui descendait, pareil au voile d'un ange, pour se perdre derrière un tronc d'arbre renversé qui lui barrait la vue. Une lumière douce, dansante au gré du souffle du vent, que l'on ne trouve que dans des rêves d'enfants. C'était un rayon de lune, perçant l'épaisse couche d'obscurité de la forêt.


Face à ce spectacle de magie que lui offrait la nature, Rose fut comme hypnotisée par tant de beauté. Elle en oublia presque sa situation. Mais elle n'était pas au bout de ses surprises. Voulant s'avancer de plus près pour observer les rayons de lune, elle se pencha au dessus du tronc d'arbre, et voici ce qu'elle vit :


Le plus merveilleux des jardins, un jardin de cristal. Au milieu de l'épaisse couche de neige se trouvait un bout de terre où la végétation avait miraculeusement trouvé un petit coin nu pour se joindre à la froideur de l'hiver. Chaque brin d'herbe, chaque feuille, chaque caillou, tous recouverts d'une fine pellicule de glace, reflétaient le clair de lune et se transformait, l'espace d'un instant, en précieux bijoux brodés d'émeraude et de cristal. Quelques coquelicots, semblables à des rubis, avaient revêtus leur châle de verre en attendant la fin des neiges éternelles. Des fleurs de saphir et d'argent, des boutons d'or pareils à des colliers de topazes, offraient à Rose le plus merveilleux des spectacles.


Un loup blanc passa, sans rien dire, lui aussi attiré par la beauté de l'endroit, regarda Rose de ses yeux doux, puis repartit.


Rose s'avança un peu plus près du beau jardin pour s'y pencher davantage. Elle ne l'avait pas vu avant, mais il s'y tenait une myriade de petits personnages, vraiment tout petits, vêtus de drôles de vêtements colorés, immobiles, comme de minuscules statues de givre. Des fées... c'étaient des fées ; gelés à jamais, prisonnières des griffes de l'hiver.


- Triste spectacle n'est-ce pas ?


Une voix avait parlé derrière Rose. Elle se retourna et vu les deux yeux terribles qu'elle avait aperçus plus tôt dans les buissons.



 



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