capuchat: La Rose des Neiges - Chapitre 3

La Rose des Neiges - Chapitre 3

6 mars 2018 à 06:41pm

Chapitre 3: Sombre forêt


 


Le village et la forêt étaient séparés d'un espace désert couvert d'une haute couche de neige, dont l'épaisseur était telle que Rose mit bien longtemps à la traverser tant ses petites bottes de fourrure s'y enfonçaient avec peine. Un peu de neige réussit à pénétrer dans ses chausses et lui gelait les orteils. Elle avait quitté son foyer pour la première fois, et le monde extérieur n'avait pour l'instant rien d'agréable. Sur le chemin, elle se retournait, de temps à autres, afin de scruter l'horizon et voir si le village était toujours en vue, se demandant à chaque fois si elle ne ferait pas mieux de rebrousser chemin.


    Au bout d'un certain temps, ce ne fut plus que le blanc d'un léger brouillard qu'elle distinguait derrière elle. La forêt qu'elle avait toujours vu de loin lui faisait maintenant face. Elle était déjà épuisé par le long trajet qu'elle venait d'effectuer ; mais fort heureusement la neige était un peu moins épaisse à l'orée de la forêt, ce qui facilitait ses déplacements. De grands sapins pointus plongeaient vers un ciel nuageux. Leur tronc étaient presque noirs et les branches crochues s'accrochaient à ses cheveux. Rose remarqua qu'il faisait encore jour, et qu'elle devrait en profiter tant qu'elle avait pouvaient encore distinguer son chemin parmi les arbres. Non rassurée, elle s'avança d'un pas hésitant à l'intérieur des bois.


    «Il fait bien sombre ici », se dit elle, «comment vais-je pouvoir trouver mon chemin dans un tel labyrinthe ? J'aimerais ne pas être seule, avoir ne serait-ce qu'un ami pour discuter et me rassurer ». Alors que ces pensées s'accrochaient à son esprit, elle continua  de s'enfoncer au milieu des arbres étranges, de plus en plus rapprochés et qui l'obligeaient à avancer sans trop savoir si elle suivait la bonne direction. Papa lui avait déjà dit : « si tu te perds dans la forêt, la première chose à faire est de garder un cap précis. Si tu pars à gauche, puis à droite, puis encore à gauche, tu ne feras que tourner en rond, et risques d'y rester coincer pour toujours. » Elle n'avait jamais eu l'occasion de mettre ses conseils en pratique et regrettait un peu de n'avoir jamais mis les pieds hors de son village auparavant.


    La forêt se faisait de plus en plus obscure au fur et à mesure qu'elle avançait. Les branches s'accrochaient à ses cheveux ; elle ne sentait plus ses pieds à cause de la neige qui s'était glissée dans ses bottines. Un vent léger lui glaçait les joues, qui devinrent plus blanches que jamais.


    Rose leva les yeux au ciel : le soleil avait disparu. Il devenait même difficile de voir ne serait-ce qu'à un mètre devant. La nuit tombait, elle était seule, perdue, sans savoir ni où elle allait, ni comment revenir.


    Soudain, un craquement la fit sursauter. On aurait dit des pas qui avançaient dans la neige tout près. Elle s'arrêta, paralysée. C'était peut être un loup. Elle avait cru voir deux yeux bleutés briller derrière un conifère. Puis le silence regagna ses droits. Rose ne bougea pas pendant un moment, essayant de se faire petite dans l'espoir que personne ne la remarque (surtout ces yeux bleus, mais c'était sans doute son imagination qui lui jouait des tours).


    Non rassurée Rose reprit sa marche un peu tremblante. Il faisait froid; si froid... et si sombre. Le temps semblait se tordre et se distendre.


    Elle erra encore et encore au milieu d'un dédale d'arbres touffus. La fatigue s'accrochait à ses épaules comme un fardeau. Au milieu des ténèbres ses yeux commençaient à s'adapter un peu mieux à l'obscurité. Au bout d'un moment, elle aperçu une petite clairière cachée derrière la rangée de sapins. Enfin un endroit où elle pourrait se reposer ! Dans un dernier effort elle pressa le pas et se retrouva à l'orée d'un petit espace vide tapis d'une neige épaisse et cerclé de connifères.


    Rose s'avança jusqu'au milieu de la clairière. Seul le souffle d'argent de quelques étoiles éveillées descendaient éclairer la neige scintillante. Il s'y trouvait aussi un petit tronc d'arbre par terre qui allait lui servir de siège le temps de préparer le dîner: une petite tasse de thé à la vanille avec un peu de sucre glace. De la neige fondue ferait l'affaire. Et quelques biscuits bien sûr.


    Alors qu'elle préparait son repas, elle croyait apercevoir furtivement de grands yeux jaunes et brillants à l'orée de la clairière, derrière les arbres. Elle préféra ne pas regarder, pensant plutôt à des lucioles qu'à des grizzlis affamés.


    C'est alors que dans l'obscurité la plus totale, un souffle de vent s'engouffra dans la clairière. Il semblait porter avec lui le son de milliers de cloches aux tintes de cristal. Quel merveilleux concerto! Un peu plus loin, une chouette se lança dans un chant mélancolique. Un lapin blanc sautillait en battant la mesure dans la neige. De part et d'autre, le chant des oiseaux se répercutait d'arbre en arbre. A gauche, un pic-vert jouait des percussions ; à droite, un loup des neiges reprenait en chœur. Quelle belle musique ! Ravi du spectacle, la belle Lune, Dame de ces bois, avait décidé d'apporter sa lumière spectral à la clairière perdue.


    Puis, une voix douce et amusante se mit à chanter...



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