capuchat: La Rose des Neiges - Chapitre 1

La Rose des Neiges - Chapitre 1

20 nov 2017 à 07:48pm

Petite histoire pour l'arrivée du froid. Inspiré de nombreux contes et du paganisme. Pour célébrer l'hiver et les sombres jours. Si cela vous plaît je publierai la suite :-)


Il était une fois une petite fille qui vivait dans un petit hameau sur les Hauts-Enneigés. Au jour de sa naissance, une colombe était entrée dans la maison de glace et avait déposé deux pétales de roses sur les joues nacrées de l'enfant. Ainsi, sa mère l'avait appelé Rose. Jamais personne n'avait vu d'aussi jolie fille. Partout où elle allait, les gens tournaient les yeux et contemplaient ses joues douces et si roses... Elle déambulait avec allégresse le long des ruelles en riant et en sautillant, vêtue de sa petite robe pâle qui voletait dans les airs. L'apercevoir, c'était comme être touché des ailes d'un Ange. Elle apportait au village toute sa joie et sa volupté, car personne n'avait depuis longtemps posé les yeux sur d'aussi belles couleurs que celles qu'elle arborait sur son visage.


Sur les Hauts-Enneigés, tout était blanc, fait de neige ou de glace: les rues, les maisons, les ustensiles, les assiettes, les tasses, les cuillères, les couteaux, les fourchettes, les jouets, les feuilles, les crayons, les stylos, l'encre des stylos. Là bas, les villageois erraient dans les rues sous la lumière d'un soleil glacis, emmitouflés dans de gros manteaux, bravant la neige pour partir à la rencontre de ses proches chez qui on allait boire un thé à la vanille et manger des petits gâteaux nappés de sucre glace.


En fait, le monde avait oublié depuis bien longtemps l'époque des premières neiges. On avait même oublié qu'il existât un temps où le printemps succédait à l'hiver.


 


Mais n'allez pas croire qu'on y était malheureux! Oh que non! Malgré le froid et les neiges, il y avait tout de même un peu de couleur là haut, comme le rouge du feu de l'âtre, le bois ocre des arbres, l'émeraude des pins et l'azur du ciel. Et surtout, il y avait Rose et ses joues roses.


Un jour, la douce enfant alla chercher un pot de sucre glace pour sa maman (les gens là bas aiment beaucoup le sucre glace, ils en mangent avec à peu près n'importe quoi) à l'épicerie du Sucre d'Orge.


- Le vieil Arnold est-il là? Interrogea-t-elle le garçon d'un air interloqué. Je viens chercher un petit pot de sucre glace pour ma maman.


- Grand-père m'a demandé de le remplacer aujourd'hui, il est parti se reposer au Lac Gelé pour s'occuper des pingouins rieurs. Il aime beaucoup leur compagnie. Il dit que leur rire lui réchauffe le cœur quand il fait trop froid à la maison.


Tandis qu'il parlait, les yeux du garçons s'arrêtèrent soudain sur le visage de Rose, et il resta abasourdi, quelques instants. Il pensait : « pareille couleur pouvait-elle vraiment exister? » Il n'avait jamais rien vu de semblable. Deux petites tâches roses de vie se découpaient sur un visage blanc comme neige. Qu'elle était belle! Il aurait soudainement voulu se perdre dans ses cheveux bruns et lisses et caresser ce qui lui semblait être la plus douce étoffe de soie. Il aurait voulu plonger dans l'océan d'encre noir de ses yeux profonds, peut importe qu'il s'y noyât. Il aurait voulu savoir jouer mille musiques pour qu'il puisse un jour la voir danser comme un pétale de fleur.


Voyant que le garçon ne disait rien de plus, elle répondit :


- Excusez-moi, peut-être devrais-je revenir un autre jour ?


- Non, non, restez, je vous en prie. Dit-il en reprenant ses esprits. Je pars chercher votre sucre glace. Pardonnez moi. Tenez, prenez.


Il déposa le petit pot de sucre glace dans les mains de la fillette. Ses mains pâles étaient douces comme une fleur de lys. Il prit une brusque inspiration lorsqu'il il effleura sa peau délicate. Il rougit, ne sachant que dire.


- Comment t'appelles-tu?


- Timothée.


- Enchantée Timothée, je m'appelle Rose.


Silence.


- Tu n'as pas l'air très bavard ! Elle émit un rire discret en voyant ses joues perdre un peu de leur blanc naturel. Tu habites loin ? Je suis à quelques pas de la boutique seulement. Peut-être pourrions-nous jouer ensemble ? Il n'y a pas beaucoup d'enfant de notre âge dans le village et parfois je me sens bien seule. En fait, tu es le premier garçon que je rencontre. Tu ne dis toujours rien ? Tant pis, je parlerai pour deux. Je vis avec ma maman juste à côté, tu n'auras qu'à venir frapper à la porte, on te fera une bonne tasse de thé à la vanille. Et on ira jouer dehors avec les pingouins rieurs si tu veux. On pourra faire un château de neige. Ou aller patiner. Ou embêter les lutins des bois. Tu veux bien ? Oh ! Mais il est temps que je reparte, il fera bientôt nuit et maman va s'inquiéter. Au revoir !


Elle sorti de la boutique dans un courant d'air.


- Au revoir. Dit Timothée au courant d'air.


Les jours, les semaines, les mois passèrent, et jamais le garçon ne vint frapper à sa porte. Moins elle le voyait, plus elle s'attristait. Souvent, dans sa solitude, elle se prit à pleurer, et au contact de ses larmes le rose de ses joues s'effaçait. Et plus le rose de ses joues s'effaçait, plus le village s'attristait. Et plus le village s'attristait, plus il blanchissait. Parfois, les habitants apercevaient la petite et se disaient : «La pauvre enfant a l'air bien triste. Les rues sont bien silencieuses sans ses éclats de rire...». Alors eux mêmes devinrent tristes. Finalement, tout devint triste.


Les sapins perdirent leurs épines, et plus personne ne fit brûler de bûches dans l'âtre. Un épais brouillard blanchâtre apparut, recouvrant le monde d'un voile de torpeur. Peu à peu, les villageois devinrent des fantômes, avant de plonger dans un sommeil sans fin, et tout signe de vie disparut. 



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