Blackodd: L’Univers créé par un grain de sel.

L’Univers créé par un grain de sel.

15 sept 2017 à 12:05pm

Évocation:


« Éphémère, mais persistante,  je crée comme je détruis. Mon cœur alimente le corps qui me nourrit. Je ne pars de rien, pour arriver à être un tout ;que cela soit une idée, une pensée, un sentiment, un élément.


Je suis hélas sous-estimée dans ce monde abscons, où je suis considérée comme connue et acquise. Mais qu’importe ce que l’on pense de moi, ma mission reste la même: celle d’engendrer l’agrégat faisant avancer l’Homme jusqu’au bout de ses pas.


 


Alors sache, toi qui me lis, que l’histoire nous lie car je suis ce qui te constitue, ce qui t’a fait. Je suis partie du vide pour engendrer l’univers, en allumant les feux de ta genèse. » 


 


                                                    La nitescence de la création


 


Scintilla est une lueur, un scintillement dans cette toundra opaque, dans cette gueule béante qui obombre la lumière ; elle est un paradoxe dans cette vacuité dimensionnelle, une anomalie. Lasse de profiter de son propre éclat, entourée d’ombres muettes tentant de se nourrir de sa robe iridescente, elle sacrifie son corps de son étincelle thaumaturge, permettant à ce sombre contenant de vivre; d’être plein de vie, plein de promesse.                                                      


Elle crépite, grandit et devient l’anathème,lénifiant la solitude de ce néant suprême; se consumant pour diffuser l’espoir,et créer de ses cendres cette expansion immuable.  Elle se propage, voit,pleure et renait,  « tavelant » l’univers  de ces entités abstraites; jouant avec nos vies, tel un spectacle de marionnettes.


Incoercible, incontrôlable, elle nourrit les feux de nos sentiments, nous permettant d’aimer, d’abhorrer, de penser. Elle essaie d’être subtile, de se propager tel un poison, dans la psyché de « ses enfants », pour qu’ils puissent vivre leurs passions, leurs rêves, leurs idées; bien que parfois leur « haleine fangeuse» puisse la blesser, par l’inconsistance honteuse de leurs propos.


 


Elle crée le feu, propage la lumière, disperse l’eau et contrôle le temps. Elle témoigne par sa puissance « invisible » du reflet de notre propre fragilité.  Elle est celle qui fait vivre en allumant les feux de Vénus, dispersant ses braises dans le jardin de Salomé, comme celle qui détruit en sonnant le glas de l’Homme. Son étreinte accompagne son héritage du commencement jusqu’à la fin;c’est elle qui le réchauffe de sa lumière chaleureuse et qui le rafraichit de sa bruine matinale.


 


Scintilla n’est ni bonne ni mauvaise,  elle ne vit que pour faire vivre et empêcher le vide de revenir.


 


 


                                                             L’héritage de Scintilla


 


                                        « Il ne faut qu’une étincelle pour créer l’Homme.»


 


Dans cette chaleur ignée, dans ce cocon de chair qui me crée, je fais mes premiers pas. Je déploie mes membres pour vivre et avancer ; poussé par l’envie de comprendre, de communiquer.


Je vois mes semblables essayer de ramper, pour ensuite marcher sur ces terres désolées. Je ne comprends pas! Pourquoi? Pourquoi cet air méphitique devient de plus en plus vicié : me brûlant la gorge quand j’essaie de parler. Mais je lutte, j’évolue, je progresse à petits pas,aidé par cette entité incréée m’empêchant de me laisser gangréner.


 


Ma peau se creuse, mes traits se forment et mes pensées « ténèbrées » par la peur et le doute se mondent;dévoilant  peu à peu l’esquisse de ma volonté, celle de survivre, de procréer, de partager.


 


                      « Un son, un mot; un espoir fugace, une étincelle dans cette inconnue... »


 


 Le timbre rauque,  la gorge sèche, je peux enfin m’exprimer ;lâcher mon fiel sur les malheureux, et mon amour sur ma promise, influencé par ces balcons pigeonnants attisant ma convoitise. Mais plus je parle, plus je comprends, et le doux visage de celle-ci ne peut plus me suffire. Je la repousse, elle m’ennuie; elle ne parle pas, elle ne fait que saigner et enfanter. Je ne la connais pas, je ne la reconnais plus: je n’ai plus le choix,je dois m’éloigner de ma proie.


 


Je pars au loin, baignant dans les rayons du soleil et frappé par cette brise rafraichissante; un éclat de magie dans ce monde sans saveur, comme si ceux-ci m’accompagnaient dans mes moments de doute, pour me faire comprendre que ce monde n’était pas aussi insipide que je le redoute.


 


                                           « Scintilla le quitte lui volant son dernier souffle…»


 


Mes os se fendent, mon esprit s’embrume, la fatigue me submerge comme une traitresse impitoyable. Je quitte peu à peu ce monde pour rejoindre ce prisme empyrée, renfermant l’étincelle qui m’a permis de vivre, de haïr et d’aimer.  Alors peut-être que je meurs à présent seul, mais le sourire aux lèvres, car j’ai pu continuer l’héritage de cette étincelle immortelle.


 


Ainsi se termine mon histoire, j’abandonne le souffle qui alimente mon cœur.


 


Révocation :


« Imprégné de la vérité, je dois à présent vous délaisser. Mais je ne m’éloigne pas, je ne vous abandonne pas. Je vais continuer à vous bercer, alimentant vos passions et vos pensées. Alors ne criez pas, ne pleurez pas, n’abandonnez pas. Marchez fièrement dans ce monde que je vous aie créé, car sans vous, sans votre amour, votre haine, votre vie, votre mort ! Je ne suis qu’une coquille vide ; une mère sans sa géniture. 


 


Quand vous sentirez le soleil frapper votre peau un jour d’Hiver, la brise caressant votre visage lors d’une canicule, la bruine rafraichissant  vos pensées lors de vos moments de doute ;vous me verrez sourire.


 


Je suis tout, mais à la fois rien. Je suis partout, mais nulle part. J’étais là et je suis à présent partie. »


 


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